Abdoulaye Sow – « Le nouveau code forestier ne peut pas régler ce qui se passe en Casamance »

Le Président de l’Union nationale des coopératives et exploitants forestiers (Uncefs), Abdoulaye Sow revient dans cet entretien sur le vote par l’Assemblée nationale du nouveau code forestier le 2 Novembre 2018, pour corser les sanctions (Ndlr : 4 à 10 ans de prison et une amende pouvant aller jusqu’à 30 millions FCFA) contre les coupes illicites du bois.

Le nouveau code a été voté par l’Assemblée nationale, en tant qu’acteur du secteur quel est votre commentaire ?

Je peux dire que pour ce qui est de ce nouveau code, sa gestation a duré plus de trois ans. Mais le prétexte actuellement, c’est qu’il y a des évènements que nous subissons depuis un certain temps au niveau de la forêt. Ce qui explique que certes ce code a été corsé au niveau des peines pour la bonne et simple raison que l’ancien code n’avait pas en vue ces genres de problèmes que nous constatons depuis un certain temps.

Au niveau de nos frontières, les gens sont en train de prendre les produits forestiers sénégalais de traverser la Gambie pour les convoyer vers d’autres pays. Cela a duré. C’était normal que le Législateur réagisse en votant ce nouveau code.

Nous en tant que membres du Comité de la commission chargée de la rédaction du code, nous avons apporté notre contribution à la chose. Aujourd’hui, je peux dire que nous avons commencé les réflexions depuis 2014.

La nouveauté, nous pouvons la voir au niveau des peines, qui ont été corsée à l’image de ce que le Législateur a fait au niveau de l’élevage avec cette situation de vol de bétail.

Pour ce qui est de la foresterie, il y a d’autres situations que le code a prises en compte parce que nous sommes dans des aires aménagées qui font que l’exploitation se fait dans ces plateaux aménagés.

Pour ce qui est des peines, elles sont passées de 4 à 10 ans de prison et les amendes peuvent aller jusqu’à 30 millions FCFA. Est-ce que cela n’est pas excessif ?

 Je ne pense pas. Il y a des gens organisés. Ils ont même impliqué la population autochtone dans ce système d’exploitation frauduleuse. Beaucoup de containers qui traversent la Gambie, la Guinée Bissau proviennent du Sénégal. Ce que je peux dire, il y a d’autres choses qui n’ont rien à voir avec la fraude qu’on doit prendre en compte. On a interdit l’exploitation de bois, certes nous ne sommes dans un pays de forêt, mais ce que nous avons, nous devons l’exploiter correctement.

Je pense qu’il faut qu’on regarde s’il n’y a pas un train d’union entre l’exploitation illicite et l’exploitation normée pour essayer de séparer la bonne graine de l’ivraie. Ce n’est pas une bonne chose, c’est pour cela, je lance un appel aux autorités. Cela n’a rien à avoir avec le code.

Mais aussi regarder la situation des gens qui travaillent dans le secteur depuis des années au niveau de ces zones forestières pour ne pas dire que maintenant le bois est interdit, et que ces gens n’ont plus la possibilité légale de prendre du bois qui se trouve chez eux.

Parce que le droit d’usage permet aux autochtones de pouvoir bénéficier de ce bois sans pour autant qu’ils ne soient taxer de délinquants.

Certains acteurs sont contre ce nouveau code, ils pensent que quand on interdit la coupe de bois, il faut qu’on leur propose une alternative ?

Ce qui est mauvais, c’est de faire de l’amalgame. Il y a le code qui sanctionne les délits, coupe illégale, il y a aussi une exploitation normée et normale. Pour ce faire, on doit convier tous les acteurs autour d’une table pour leur dire qu’il y a une limite dans cette exploitation qu’il faut respecter. Il y a une exploitation encadrée par le service forestier, le bois artisanal est du bois d’œuvre. Si un bon jour on dit que cette exploitation est arrêtée, cela peut créer des problèmes au niveau des familles, qui vivent de la forêt.

On ne peut pas arrêter l’exploitation du bois, sans pour autant mettre en chantier d’autres alternatives pour ces gens qui vivent du bois. Au début les scieries n’étaient pas nombreuses, c’était moins de 15 scieries, mais ces gens employaient près de 1000 personnes. Elles sont contrôlées par le service forestier, si on leur dit d’arrêter ces employés auront des problèmes. Si on interdit ainsi, on risque de favoriser la fraude nationale. Qui va y perdre. Le trésor public ne perçoit rien dans ce système. Il faut qu’on permette aux gens qui travaillent dans les zones aménagées de pouvoir bénéficier des retombées du bois d’œuvre et du bois artisanal.

On a connu la tuerie de la forêt de Boffa Bayotte, est-ce que ce nouveau code peut nous éviter ces genres de situations macabres ?

Dans cette partie du pays, on est en zone de guerre. Ce qui peut régler le problème dans ces zones de guerre, ce n’est pas le nouveau code de l’environnement. C’est des problèmes qui perdurent, qu’on doit régler en amont.

Les gens qui sont dans ces zones, sont en situation de guerre, personne ne peut y entrer pour parler de code. Il y a des combattants, il y a des gens qui tournent dans ces zones et que le sénégalais Lambda ne peut s’y aventurer.

Parler de code dans cette zone, c’est mal connaître le problème. Si on veut régler le problème au fond, tout le monde doit travailler pour éradiquer cette situation de guerre, pour amener les gens à pacifier la Casamance. Parce que ce n’est pas seulement un problème de bois, il y a d’autres espèces, comme l’anacarde, la mangue.

C’est l’économie de la Casamance, je pense que pour les Casamançais et les sénégalais puissent bénéficier de cette économie, il faut créer un cadre de dialogue et que tout le monde doit y travailler y compris notre organisation, l’Uncefs pour que la Casamance puisse bénéficier de ces produits de cueillette qui sont en train de pourrir dans la forêt.

Les gens ne peuvent pas entrer dans ces zones, bien qu’il y a ce trafic organisé entre la Gambie et le Sénégal. Avec le l’avènement du président Adama Barro, ils sont en train de travailler pour mettre fin à ce trafic.

Est-ce que le vote de ce code a un impact sur votre chiffre d’affaires ?

Bien sûr. Les gens doivent faire maintenant attention ; parce qu’on ne s’amuse plus avec certaines choses. Mais notre organisation est à l’aise. Parce que nous avons toujours travaillé dans les zones aménagées et nous appelons nos membres à respecter le nouveau code. Parce que sans la loi on ne peut pas développer ce pays et que l’Uncefs ne peut que saluer ce nouveau code forestier.

Harouna FALL-IGFM

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