Mabingué Ngom (FNUAP)-« Les États africains ne pourront bénéficier du Dividende démographique qu’avec moins d’enfants et plus d’adultes au travail »

Le bureau régional du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) en Afrique de l’Ouest et du Centre lance, ce mardi 5 mars, le rapport annuel de ses interventions en 2018, dans les 23 pays qu’il couvre. En prélude à cet événement, qui sera organisé en collaboration avec le Groupe des ambassadeurs africains, M. Mabingué Ngom, directeur régional du Fonds, trace les grandes lignes du rapport et revisite le concept de dividende démographique. 

Lancement du rapport : contexte, enjeux, grandes lignes
Le lancement du rapport annuel de nos interventions en 2018, dans les 23 pays de la région se fera en collaboration avec le Groupe des ambassadeurs africains. En effet les États de la région sont au cœur de notre mandat et restent nos partenaires privilégiés.

La présentation du Rapport d’étape 2018 «Dividende démographique en Afrique de l’Ouest et du Centre, sera donc une opportunité pour échanger avec les missions diplomatiques des États de la région, ainsi que les partenaires techniques et financiers sur les réalisations de l’UNFPA dans la région. Les discussions vont porter sur les diverses initiatives et interventions qui contribuent aux objectifs de développement durable, en général et plus spécifiquement aux trois résultats transformateurs de l’organisation, à savoir : mettre fin aux besoins non satisfaits en matière de planification familiale, mettre fin aux décès maternels évitables et mettre fin à la violence basée sur le genre et aux pratiques néfastes.

Ce rapport d’étape arrive deux années après l’adoption, en juillet 2016, à Kigali, par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine de «La feuille de route pour la capture du dividende démographique».

Ainsi, nos activités en 2018 dans le même sillage qu’en 2017, visaient logiquement à renforcer le potentiel de la région pour exploiter la capture du dividende démographique et en faire une étape essentielle vers le développement durable.

Tout au long de l’année, l’UNFPA a mis l’accent sur le déploiement d’initiatives et d’actions pour garantir un accès pour tous aux soins de santé sexuelle et reproductive et pour progresser dans la réalisation du programme d’action de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD). Des progrès significatifs ont été accomplis dans la fourniture des services de santé de la reproduction aux personnes qui en ont le plus besoin, mais il reste encore beaucoup à faire.

Dans les neuf pays du Partenariat Ouagadougou (PO), le nombre de femmes utilisant des méthodes de contraception modernes a augmenté de 1,4 million, pour atteindre au total 5,8 millions d’utilisatrices, entre 2015 et 2018. En outre, l’UNFPA a contribué en 2018, à hauteur de 70% à la satisfaction des besoins des pays de la région en moyens de contraception, tandis deux autres partenaires ont comblé le gap des 30% restants.

Nos campagnes et interventions ont donné des résultats positifs auprès des responsables traditionnels, communautaires, religieux et des leaders d’opinion qui partagent le même idéal en matière de dividende démographique. Certains responsables sont même des ambassadeurs influents défendent le plaidoyer pour dire « Non » aux mariages des enfants, en encourageant la planification familiale et en abandonnant les mutilations génitales féminines.

C’est avec cette démarche de proximité auprès des leaders d’opinion et des populations que nous sommes en train de mener une transformation profonde du paysage de la région.

Nous sommes convaincus que c’est en concentrant nos interventions là où les besoins sont les plus importants que nous pourrons apporter un changement durable. Nos mesures de gestion sont fondées sur des évaluations de grande qualité, en accord avec notre plan stratégique 2018-2021.

Le concept de Dividende démographique
Le concept de dividende démographique repose sur le fait qu’un croît démographique non maîtrisé entraîne la multiplication des défis à relever en termes de réponse à une forte demande sociale qui peut en résulter. Le taux d’accroissement démographique record de 2,7 % enregistré en Afrique subsaharienne (contre 1,2 % au niveau mondial) ne semble pas militer en faveur du développement du continent si l’on interroge la quasi-totalité des indicateurs de développement.

En effet, les analyses montrent qu’avec une telle croissance démographique, la population de certains pays, notamment ceux du Sahel pourrait doubler en moyenne tous les 17 ans, alors que Malthus avait prévu un doublement de la population sur 25 ans. Parallèlement à cette croissance rapide de la population, l’on assiste dans ces pays à une diminution drastique des ressources, comme c’est le cas du Lac Tchad qui a perdu 90% de sa superficie entre 1970 et maintenant.

L’Afrique est à la traîne vis-à-vis de la transition démographique. C’est regrettable, car les forts taux de fécondité en Afrique subsaharienne sont un facteur de fragilisation des Etats. Tant que le taux de croissance démographique est élevé et plus rapide que l’accroissement des richesses, les Etats africains ne pourront pas dégager d’épargne leur permettant d’investir. Donc, les Etats ne pourront pas bénéficier du «dividende démographique» avec moins d’enfants et plus d’adultes au travail. Ce qui montre l’urgence des actions à mener dans cette partie du monde, en vue de maîtriser la dynamique démographique.

La fécondité a considérablement baissé au niveau global si l’on s’en tient à l’analyse de l’évolution des statistiques démographiques enregistrées de 1950 à nos jours.  Il est toutefois regrettable que cette tendance ne soit pas observée dans les pays d’Afrique au Sud du Sahara qui avaient pourtant des niveaux d’indicateurs de développement similaires à ceux de la plupart des pays du monde, notamment ceux des régions arabes ou d’Asie du sud-ouest. En effet, au cours des années 50, tous ces pays enregistraient un niveau de fécondité d’environ 6 enfants par femme (Afrique subsaharienne : 6.57 ; Niger : 7. 3 ; Algérie : 7.28 ; Tunisie : 6.65 ; Corée du Sud : 6 enfants par femme).

Aujourd’hui, environ 70 ans après, la situation est tout autre, la fécondité n’a baissé que d’un (01) point au plus pour la majorité des pays d’Afrique subsaharienne alors qu’elle se stabilise autour du seuil de remplacement des générations (environ 2.1 enfants par femme (soit une baisse d’environ 5 points) pour la majorité des pays arabes ou d’Asie du Sud-Ouest.

Pour illustration, l’indice synthétique de fécondité se situe en 2018 à 2,9 en Algérie, 1,2 en Corée du Sud, et 7,1 au Niger.  Vous constatez avec moi que le niveau de fécondité n’a presque pas bougé pour le Niger en 70 ans. Le même constat peut être fait pour d’autres pays d’Afrique au sud du Sahara.

L’accélération de la croissance économique dans les pays dits «émergents» aujourd’hui a été possible grâce à l’accélération de leur transition démographique. La diminution du pourcentage de jeunes non actifs dans la population et l’augmentation du nombre d’actifs a permis à ces pays de consacrer une part plus importante de leurs revenus à l’épargne, aux investissements productifs et à l’amélioration de leur capital humain. Ils ont pu alors bénéficier, sous certaines conditions, d’une accélération de leur croissance économique. Ces pays ont adopté très tôt des programmes de population visant à maîtriser leur croissance démographique, et ce parallèlement à l’adoption de politiques économiques et de reformes en matière de santé et d’éducation.»

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